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Toute une bibliothèque

La collection de livres que nous appelons « Bible » est d'une richesse incroyable en genres littéraires les plus différents.

Bien entendu ce n'est pas le record du nombre de genre qui nous intéresse pour aborder les Écritures Saintes, mais la manière diversifiée dont ils disent la réalité biblique. Le mot le plus usuel pour désigner toutes les Écritures Saintes vient du grec : c'est un terme au pluriel (ta biblia) qui signifie « les livres ». En passant par le latin il est devenu un singulier au féminin : « la bible ». L'emploi du singulier a l'avantage de souligner la singularité de l'interlocuteur ultime qui s'exprime dans ces pages : Dieu. Certes, la Parole de Dieu se fait entendre à travers divers genres, mais elle est unique et ne peut même être réellement saisie que si elle est entendue comme un unique appel. Par contre, la forme plurielle originelle (« les livres ») rend davantage compte de l'exceptionnelle richesse littéraire réunie sur près de mille années dans cette « bibliothèque » sacrée.

Quelle sont les conséquences pratiques de privilégier dans notre désignation des Écritures Saintes le pluriel (c'est-à-dire la Bibliothèque de livres et non le livre) ? Dans une excellent petit « Questions-Réponses » sur la Bible, Raymond Brown souligne en termes fort simples l'influence positive produite sur l'attente d'un lecteur. « Dans une bibliothèque moderne les volumes sont disposés sur les rayons en fonction de leur sujet : il y a un emplacement pour l'histoire, un pour les biographies, un pour les romans, un pour les pièces de théâtre, un pour la poésie, etc. Quand on entre dans l'une de ces bibliothèques (…), la première question posée par le bibliothécaire est : “ Quelle sorte de livre voulez-vous ? ” C'est une question très importante que l'on doit aussi se poser avec la Bible. Certaines des erreurs les plus graves qu'on a pu faire dans l'interprétation de la Bible proviennent de ce qu'on a supposé, sans aucune raison, que tous les textes qui la composent étaient historiques. Personne ne prendra le récit d'une aventure de Sherlock Holmes en s'attendant à lire l'histoire exacte d'un personnage ayant vécu à Londres à la fin du siècle dernier. » Sans doute objectera-t-on : « Bon sang ! c'est évident ! » Que l'on se garde pourtant de perdre de vue que l'art d'un « grand » roman policier consiste précisément à rapprocher la fiction le plus près possible du réel. Comme tout autre genre littéraire, le roman cherche lui aussi à « impliquer » son lecteur !

Les siècles passés ont rarement vu, hélas, le pluralisme coloré des genres littéraires bibliques. On ne connaissait que trois genres de livres : les livres historiques, les livres didactiques et les livres prophétiques. Cette classification rigide a expédie le Livre de Tobit parmi les livres historiques; le Livre de Jonas s'est retrouvé en compagnie des Prophètes, tandis que le Psautier fut rangé parmi les livres didactiques. Et pire encore ! comme le Père Brown l'a rappelé à l'instant, les livres dits historiques recueillirent le maximum d'écrits dans leur catégorie. Moralité : « la Bible a été nivelée à l'état d'Histoire biblique » !  Il faut avoir bien conscience de ce processus de réduction historique, car il est encore fort actif chez la plupart de nos contemporains, à leur insu habituellement. On appelle « fondamentalistes » les lecteurs qui ne veulent pas démordre de cette funeste habitude : toute affirmation biblique « s'est réellement passée comme c'est écrit ». Il paraît que certains prirent la peine de mesurer le gosier des poissons dans le but de prouver l'historicité de l'aventure de Jonas… Il ne faudrait toutefois pas balayer d'un trait dhumour grinçant le réel problème pastoral posé aujourd'hui par la montée du fondamentalisme biblique. Le littéralisme biblique est en effet souvent une attitude de défense, même chez des gens très intelligents qui se sont laissés prendre au piège. Ils veulent préserver leur foi en Dieu et la défense farouche de la littéralité de la Bible leur semble être l'arme unique et la plus efficace pour ce faire. « Plutôt que de viser la défaite du fondamentalisme il importe de proposer à ceux qui n'ont pas encore été engloutis par ce courant une foi plus riche et une meilleure initiation à la lecture de la Bible. »

Il existe, pour un bibliothécaire, de très diverses possibilités de rangement pour ses ouvrages. Les vieilles bibliothèques utilisent souvent le critère de la date d'entrée : les livres sont alignés les uns à côté des autres sur les rayons au fur et à mesure de leur acquisition. C'est  —  en très gros  —  ce qui s'est passé pour l'Ancien Testament. D'autres bibliothécaires, soucieux d'économiser du métrage de rayonnage, rangent leurs trésors par format. Ainsi dans le Nouveau Testament pour le classement des épîtres de Paul : on les a insérées dans la bibliothèque par ordre de longueur décroissante. S'ils en ont les moyens, la plupart des bibliophiles classent leurs livres par sujet : tel fut le principe d'organisation du Pentateuque. etc.

Dernière mise à jour : ( 28-10-2005 )
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