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Introduction à la lecture de l’évangile de Saint Marc Avec l’Avent commence cette nouvelle année liturgique durant laquelle sera lu l’Evangile de St Marc (année B). Cette lecture met l’Evangile en rapport avec la liturgie et offre de belles correspondances avec l’Ancien Testament. Cependant, elle ne permet pas de le saisir pleinement, pour au moins trois raisons. D’abord parce qu’on ne lit pas tout : le tiers de Marc n’est jamais lu aux messes. Ensuite, on ne lit en général qu’une péricope, alors que ceux qui l’entourent lui apportent souvent un éclairage essentiel, tant narratif que spirituel. Enfin surtout parce qu’une lecture disjointe du récit brise son ‘fil rouge’, porteur de sens théologique, alors que les Evangiles sont très construits. Avant de le montrer, rappelons quelques données sur St Marc et sa Bonne Nouvelle.
L’Evangile de Marc est de loin le plus court des quatre. En 16 chapitres et 680 versets, le ministère de Jésus est décrit avec une concision parfois déroutante. Ainsi n’y a-t-il ni récits d’enfance, ni d’apparition du Ressuscité (Mc 16,9-20 est considéré comme une addition postérieure). Des trois Evangiles synoptiques, il comprend le plus de versets communs : plus de la moitié des versets de Marc se retrouvent chez Matthieu et chez Luc ; seuls 6 % ne se retrouvent ni chez l’un, ni chez l’autre. Le plus ancien des trois et source partielle des deux autres, Marc est au cœur du phénomène synoptique. Sa composition daterait d’entre 65 et 70, donc entre la mort de Paul et la destruction du temple de Jérusalem et plus de dix ans après le plus ancien écrit néo-testamentaire (1Th). La tradition identifie l’auteur à Jean-Marc, compagnon de Paul et Barnabé (Ac 12,25), puis de Pierre à Rome, dont il aurait transmis le témoignage apostolique dans son Evangile. Ceci est peut-être vraisemblable, mais presque impossible à prouver. Par contre, plusieurs points font bien penser que Marc s’adresse à une communauté pagano-chrétienne basée à Rome. Le thème central de l’Evangile de Marc est la question, ‘Qui est Jésus ?’. Lancinante et omniprésente, elle travaille jusqu’aux disciples : ‘Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?’ (Mc 4,41). Si la réponse se trouve au premier verset, ce n’est que pour orienter le lecteur, car tout l’Evangile est bâti sur sa résolution progressive. Le récit de la vie publique de Jésus de Nazareth (et donc le texte) est enchâssé entre deux déchirures : celle des cieux à Son baptême et celle du voile du temple à Sa mort (C Focant). Les deux révèlent la filiation divine de Jésus. La première laisse passer la voix du ciel qui le déclare Fils bien aimé (Mc 1,11) ; la seconde signifie que le lieu de rencontre avec Dieu s’est déplacé du Saint des Saints jusqu’au pied de la Croix. Là, un centurion (païen et romain !), témoin bouleversé de la manière dont Jésus a affronté son supplice, s’exclame ‘Vraiment, cet homme était Fils de Dieu.’(Mc 15,39). Entre ces deux piliers, s’élancent deux parties presque égales en longueur, telles les nervures d’une voûte dont la clef est la confession de Pierre (Mc 8, 27-30). Celle-ci est aboutissement du ministère galiléen de Jésus (Mc 1,14-8,26), durant lequel Il annonce le Royaume et révèle Sa puissance messianique. Mais elle est aussi point de départ de la marche vers Jérusalem et la Croix (Mc 8,31-15,41), sans laquelle Son messianisme ne peut être ni compris ni dévoilé. Toute l’architecture de l’Evangile de Marc peut se comprendre ainsi. Il est très révélateur de prendre une perspective resserrée de cette même confession pétrinienne. La péricope juste avant raconte la guérison d’un aveugle (Mc 8,22-26). Ce petit récit (qui ne figure pas au lectionnaire !) est très intéressant et son emplacement n’est pas anodin. En effet, c’est une guérison en deux temps : une première intervention de Jésus rend une vue imparfaite à l’aveugle et il en faudra donc une seconde. Comment ne pas voir là une allégorie de la conversion de Pierre ! Voir Jésus à l’œuvre l’a convaincu qu’Il était le Messie, mais un Messie triomphant, tel qu’il le voulait. Il lui faudra la longue route du Golgotha (et sans doute au-delà, ce dont cet Evangile ne parle pas) pour comprendre que Messie, Il l’est bien, mais à la manière du Serviteur souffrant, de celui qui dira à Gethsémani ‘Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux’ (Mc 14,36). Il nous faut souvent aussi un long chemin spirituel, pour comprendre que Dieu n’est pas tel que nous voudrions qu’Il soit, mais tel qu’Il est, dans Sa transcendante liberté. La péricope qui suit la confession contient la première annonce de la passion et de la résurrection (Mc 8,31-33). On ne saurait mieux signifier que c’est désormais vers cela que va tendre l’Evangile. Après chacune des trois annonces (Mc 8,31-33 ; 9,30-32 ; 10,32-34), les disciples vont faire des demandes inadmissibles à Jésus. Ici, Pierre ne supporte pas que son Messie doive souffrir et s’attire le cinglant ‘Vade retro Satanas’. Ce récit surligne que la confession de Pierre est prématurée et donc sa conversion incomplète - il doit dès lors la taire. Ainsi les deux récits qui jouxtent la clef de voûte de l’Evangile de Marc en prolongent le sens, le premier de manière imagée, le second de façon explicite. On pourrait multiplier les exemples de constructions porteuses de sens spirituel dans tout l’Evangile (et dans toute l’Ecriture !), mais à chacun de les découvrir… Terminons avec un aspect de Marc qui paraît bien insolite : l’absence de récit d’apparition du Ressuscité. Le stylet de Marc s’arrête en effet sur les femmes qui s’enfuient apeurées, bouleversées, du tombeau où un jeune homme vêtu de blanc leur a dit : ‘Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit’ (Mc 16,7). Cette invitation est adressée aux disciples menés par Pierre. Retourner en Galilée, c’est bien sûr retourner sur les lieux qu’ils ont fréquenté avec Jésus. Mais c’est aussi et surtout revisiter leur expérience des gestes et paroles de Jésus, à la lumière des derniers évènements et donc d’un itinéraire spirituel accompli, afin de saisir la nature véritable de Jésus Christ-Messie, Fils de l’Homme et Fils de Dieu. L’invitation, Marc l’adresse bien sûr aux membres de la communauté pour laquelle il écrit et par là même à nous, aujourd’hui. C’est peut-être la raison de l’absence de récits d’apparition : pour Marc, le récit de la vie et de la mort de Jésus éclairées par la Foi est suffisant pour croire en la résurrection. Cette expérience du Ressuscité, à laquelle nous invite le jeune homme en blanc, nous pouvons la faire nous aussi, elle n’est pas propre aux apôtres. La boucle de la transmission de la Foi est bouclée : par l’expérience spirituelle de Pâques nous sommes à même de revisiter notre vie et d’y découvrir Jésus, le Christ, marchant avec nous. Thomas Chattaway Octobre 2005 |